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13 novembre 2009 5 13 /11 /novembre /2009 20:29

Quand le supporter lambda est à court d’arguments pour exprimer son désintérêt pour les sports féminins, l’argument « de raison » est la faiblesse du niveau et la pauvreté du spectacle. Ça va de « ya pas d’ambiance » à « c’est pathétique » en passant par « on s’ennuie ». L’amoureux des sports qui a tapé « le foot féminin est ridicule » dans une requête Google pour atterrir ici ne me contredira pas, je pense…

 

Je ne parle pas ici de niveau en termes de performance, mais en termes de maîtrise technique. J’en ai déjà parlé dans mon article précédent : il est clair pour moi que si la puissance n’égale pas celle des hommes, rien n’empêche les femmes d’acquérir la maîtrise technique et tactique …dans des conditions d’entraînement équivalentes.

 

 

Photo: pub Puma avec la footballeuse brésilienne Marta, trouvée ici

 


En l’état actuel des choses, ce n’est malheureusement pas un cliché : la pratique féminine de certains sports est loin d’égaler celle des hommes. Je pense en particulier à des sports très récemment féminisés comme le rugby, le football (sauf aux USA).  Mais avant de proclamer, comme je l’ai déjà vu sur des forums de sports, que c’est génétique et basta, penchons-nous un peu sur la réalité.

 

Tout d’abord, le niveau général d’un sport à l’échelle d’un pays dépend étroitement du nombre de jeunes pratiquantes. Il est évident qu’un vivier réduit de pratiquantes dans les plus petites catégories d’âge ne permet pas une sélection acérée pour le haut niveau.

 

Les parents n’inscrivent pas volontiers leurs fillettes dans les sports dont je parle. D’une part, il faut déjà avoir entendu parler de la pratique féminine du sport concerné. Et si c’est le cas, et que par hasard l’enfant demande elle-même, ce n’est pas encore gagné : soit l’activité est trop connotée garçon au goût des parents qui préfèrent voir leur enfant dans des activités « de son sexe », soit la pratique est tout bonnement impossible faute de structure à proximité de leur domicile. Pour m’être changée des années dans un placard sans douches, car la municipalité refusait les travaux pour des vestiaires de filles, je sais qu’il faut parfois s’accrocher pour pratiquer son sport. Ne serait-ce que d’un point de vue strictement organisationnel et matériel.

 

Supposons maintenant que notre petite fille ait réussi à s’inscrire dans le club de ses rêves, que ses parents la soutiennent, que les moqueries éventuelles de ses camarades ne la rebutent pas et enfin…qu’elle soit exceptionnellement douée pour son sport. Comment le coach pourra-t-on convaincre ses parents, et elle-même, de s’engager pour le haut niveau, alors qu’il n’y aura la plupart du temps ni reconnaissance médiatique, ni sponsors à la clé en réponse aux sacrifices qu’elle devra endurer?

 

La passion n’est pas tout. Je comprends parfaitement la réticence des sportives à s’engager pour un sacerdoce aussi peu rémunérateur. Pour les quelques stars du tennis que l’on connaît, il y a des centaines de grandes athlètes qui sont contraintes d’exercer un métier pour subvenir à leur besoin. A mon mini-niveau et malgré tout le plaisir que j’éprouve à pratiquer mon sport, aller me coltiner ma séance un soir pluvieux de novembre après une journée de boulot, c’est hardos. Imaginez alors cette situation lorsque l’entraînement, c’est tous les jours ; lorsque que tous les week-ends sont pris, que cela s’accompagne de stress vis-à-vis des résultats, de régimes alimentaires et privations diverses…

 

Voici pour le point de vue des sportives. Du côté des encadrants et dirigeants, ce n’est guère plus facile. Faire un tourner un club ou créer un pôle d’excellence, cela réclame une énorme motivation, du temps, et de l’argent, et quand il s’agit de sport féminin cela s’apparente bien souvent au tonneau des Danaïdes. Il y a bien sûr de belles réussites, mais aussi beaucoup qui se découragent et jettent l’éponge alors même que les filles sont présentes et motivées.

 

Vous m’avez donc compris, pour moi la sous-médiatisation des sports féminins et les préjugés qui l’entourent forment avec les sous-effectifs un cercle vicieux qu’il apparaît nécessaire de briser. La plupart des dirigeants sportifs ont saisi qu’il fallait attirer plus de jeunes filles vers ces sports peu féminisés, voire susciter plus de vocations dans des sports certes féminisés en loisirs mais désertés dès qu’il s’agit de compétition, comme la course à pied par exemple.

 

Malheureusement –est-ce parce que les dirigeants sont majoritairement des hommes, ou est-ce le fait de la pression des annonceurs ? – la mise en équation de ce problème se résume bien souvent à « Plus de féminité ! Montrons que ce sont de vraies femmes pour rassurer le public ». C’est ainsi que de désastreuses (à mon sens) campagnes de communication ont vu le jour que ce soit pour le handball ou pour le football, pour le ski… Pour moi c’est un pansement sur une jambe de bois ; on contourne ainsi soigneusement la lutte contre les stéréotypes sexistes. On continue à insinuer que l’on se doit d’être femme avant d’être sportive, et désirable, s’il vous plaît. Mais je développerai cette histoire de féminité dans un prochain billet.

 

Je préfère en effet vous parler des belles initiatives qu’on a pu voir ici et là. 

 

Photo trouvée ici

 

Dans le foot : je n’arrête pas de vous en parler!

Dans le basket : l’opération Marraines de cœur implique les basketteuses dans de nombreuses actions caritatives centrées sur leur sport. Un moyen efficace de donner envie aux jeunes filles de s’y mettre !

J’ai touché un mot du triathlon ici.

Et pour la course à pied, le site Courir au féminin met notamment en ligne le portrait de membres du site : des nanas normales qui décident un jour de se mettre à courir 2 km, puis 5, 10, et terminent un jour un marathon, puis un ultra…L’avantage de la course à pied c’est que c’est un sport qu’on peut vraiment commencer à tout âge.

Enfin en ce qui concerne le rugby, Snödroppe à l'art de toujours dégoter de jolies photos qui donnent envie de se mettre en short illico.

 

Plus généralement, sous l’initiative de dirigeants motivés, des plateaux d’initiation voient le jour dans divers sports. L’occasion de faire ses premières armes, de voir « en vrai » des joueuses féminines, et d’être tentée de faire pareil! Il y a aussi tous les sports UNSS (scolaires) qui sont l'occasion d'apprendre un sport pour un prix réduit dans le cadre du collège ou du lycée.

 

 

 

 

 

 



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Published by Gabrielle - dans Poncifs et préjugés
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commentaires

Gaëlle 24/09/2010 04:56


J'aime beaucoup cette photo de Marta Da Silva. Cela donne envie de jouer.


Gabrielle 20/11/2009 09:32


merci pour le lien!

c'est vrai que l'image du sportif "rien dans la tête" est très prégnante. j'étais une quiche en EPS avant la seconde (c'est le jour des aveux)...mes parents trouvaient ça limite génial. o_0

en plus, avec leur "mangez bougez" partout, le sport n'apparaît que comme une contrainte. pas de quoi donner envie aux ados...

et puis le ras-le-bol pour le sport qu'ils ont pratiqué enfant, c'est vrai aussi. au delà de la crise d'ado, j'avais lu un truc comme quoi leur croissance subite les rendait maladroits et fatigués,
et les faisait stagner de niveau, ce qui n'est pas très motivant.


emelire 19/11/2009 22:32


merci pour cet article d'une grande justesse et qui parle de choses pratiques. Parce qu'en réalité c'est souvent ça : le côté pratique, la vraie vie. Comme trouver une équipe de sport féminine ...
Je crois qu'en + en France le sport compte peu dans l'esprit des gens, des parents. Très peu de jeunes font vraiment du sport, il est encore présent au collège mais au lycée c'est terminé, sauf si
un prof de gym motivé veut bien organiser quelque chose en + pour les volontaires sinon c'est mort (ajouter à cela qu'à cet âge ils préfèrent se retrouver autrement ... c'est à dire sur les
facebook et autres, donc scotchés à leur siège ... grrr). Les profs de gym absents ne sont pas ou peu remplacés... Mon mari essaie de trainer nos ados faire du jogging (mais à cet âge c'est pas
leur truc), moi j'essaie de faire des virées piscine (veulent pas), et c'est l'âge où ils décrochent parfois le sport qu'ils pratiquaient depuis petit. L'école prend bcp de place aussi dans leur
vie ... ce qui réduit les activités d'autant (et je vois aussi que la 'musique', jouer d'un instrument prend le pas sur le reste... Pourtant les 2 parents aiment bouger ... La gym en salle (style
gymnase club) c'est assez populaire même si un peu cher mais on voit assez peu de très jeunes.
Merci pour ton super article en tous cas.
Voici un autre blog qui met en ligne de belles photos vivantes de sportives (foot principalement) et que je trouve sympa : http://olisfer41.canalblog.com/


karine 15/11/2009 12:14


Bonjour,
je crois que celà suit la courbe de pratiques sportives en fonction des âges et des catégories socio-professionnelles des parents ...et bien évidemment toutes les causes socio-culturelles que tu
cites dans tes articles . Mais je vais me pencher sur la question et je t'en dirai plus .
En tous les cas l'EPS s'intéresse de plus en plus à l'écart de notes préoccupant ( notamment au bac ) entre les filles et les garçons , au détriment des filles ...de là à en conclure qu'elles sont
moins sportives ( de toute façon elles sont toujours "moins" n'est ce pas ? ) certains collègues ont vite fait le pas . Je pense aussi que les filles sportives sont cataloguées " garçons manqués" (
parce qu'un garçon c'est "réussi" of course ) et que celà passe au collège mais au lycée c'est pas top pour la côte de popularité .
A bientôt,
Karin


Gabrielle 15/11/2009 13:18


je ne savais pas que les notes au bac étaient différentes entre garçons et filles...c'est pire que ce que je pensais alors :(

en tout cas, c'est vraiment super intéressant que tu viennes commenter pour donner tous ces renseignements.


Gabrielle 14/11/2009 19:25


Karine, merci pour le lien effectivement édifiant. l'affiche me fait grincer des dents chaque fois que je la croise et je ne savais pas pour le marteau...les ploucs, ce sont surtout ces supporters
de canapé étroits d'esprits biberonnés au spectaculaire.

quant à l'UNSS, c'est effectivement dommage que les effectifs se vident en lycée, quelles en sont les raisons d'après toi?

Nico, je n'avais jamais pensé aux arbitres! il faudrait que je me penche dessus, c'est intéressant.


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Qui suis-je?

Je suis une sportive amateure un peu touche-à-tout et très accro... Quand je ne suis pas en short, je suis une fervente spectatrice. Mais le sport féminin c'est pas facile à suivre dans les médias: pour une femme, mieux vaut être mignonne que championne. Dans ces conditions, difficile de motiver les copines pour un footing....