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Peut-être n'avez vous pas vu ce chiffre inquiétant: les vols violents contre les femmes sur la voie publique ont augmenté de 13% en 2010. Tout aussi inquiétant, ce qu'en déduit le collectif national pour le droit des femmes: « Le fait que les femmes sont davantage attaquées montre qu'elles sont considérées comme plus vulnérables ». Nous sommes effectivement plus petites, moins fortes. Nous reste-t-il à demeurer tremblantes dans nos chaumières?
Reconnaissons tout de même que c'est aussi parce qu'on "considère" que nous sommes "plus vulnérables", que nous tenons pour acquis que nous sommes incapables de nous défendre et n'essayons même pas d'apprendre. Mais premièrement, on ne peut pas toujours éviter de rentrer/sortir seule et/ou de nuit. Et deuxièmement, tout en reconnaissant parfaitement que je ne m'aventurerai pas dans certains endroits, je déteste l'idée de devoir dépendre d'un chaperon pour me trouver dehors.
Il y a quelques années, une jeune femme est entrée à mon cours de judo en disant qu'il y avait eu une tentative de viol sur son campus et que la victime y a échappé avec quelques prises de self-défense. Elle-même voulait donc s'initier pour se "sentir plus tranquille".
Par chance, je ne me suis jamais faite agresser et donc je ne suis toujours pas sûre que mes années de judo me permettent de tenir tête à un agresseur baraqué. Cependant, je sais que j'ai acquis certains réflexes, une certaine maîtrise de ma peur et une condition physique suffisamment bonne pour espérer envoyer un genou dans les roustons ou les doigts dans les yeux et piquer un sprint vers le premier bistrot ouvert. Ceci me permet effectivement d'être plus sereine quand je rentre de l'entraînement, par exemple. J'ai lu quelque part qu'une personne qui a confiance marche plus lentement et se tient plus droite. Un éventuel agresseur ne la perçoit plus comme une cible: il semble que les humains sentent la peur tout comme les animaux. Evidemment, impossible de retrouver la trace d'une telle étude sur le Net, si vous avez un lien, n'hésitez pas.
A moins d'être Sarah Ourahmoune, je ne pense pas qu'on puisse mettre une dérouillée à un agresseur. Mais si la pratique du karaté, du jiu-ji-tsu, du rugby... ne dispense pas d'être prudente, elle peut permettre de gagner en tranquillité, de se sentir moins vulnérable, d'avoir confiance en soi...
...et de bien s'amuser pendant l'entraînement.
Je suis une sportive amateure un peu touche-à-tout et très accro... Quand je ne suis pas en short, je suis une fervente spectatrice. Mais le sport féminin c'est pas facile à suivre dans les médias: pour une femme, mieux vaut être mignonne que championne. Dans ces conditions, difficile de motiver les copines pour un footing....
J'avais lu un article il y a longtemps sur le net (impossible de le retrouver aussi) qui disait que toutes les femmes vivaient avec la peur du viol (plus ou moins connsciemment). C'est révoltant mais malheureusement c'est vrai. On a hérité de siècles de violence en nous et on vit avec, au jour le jour.
Je crois en effet comme toi que le premier effet de la pratique à un niveau suffisant de sports de défense ( de combat ? ) est de renforcer la confiance en soi.
J'ai pratiqué un peu la boxe française et je dois dire que j'étais adepte des esquives et ripostes en pieds ( un chassé peut être redoutable ) Les apprentissages technico tactiques - surtout chez les filles qui n'y sont pas conditionnée dès le plus jeune âge par le monde social- sont essentiels à mes yeux.
Je ne pratique plus mais dernièrement je me suis offert un punching ball et je travaille des enchaînements de touches en libérant l'énergie.
2 livres que je te conseille si ce n'est pas déjà fait dans un précédent billet :
L'intelligence du stress de J.Fradin
Le mythe de la fragilité de Colette Dowling
A bientôt de te lire et de pratiquer le Touch, rugby "épuré" de sa version guerrière ???
Je ne comprends pas pourquoi ce n'est pas enseigné à l'école, tout comme le secourisme.
Pendant longtemps et encore aujourd'hui dans certains milieux on a appris aux enfants à obéir, à subir. Un enfant n'aura pas le réflexe de répondre à un coup porté par ses parents. Il intériorise d'être frappé. Après ça rend encore + difficile voire impossible la défense en cas d'agression. L'enfant, le jeune, ne peut même imaginer qu'il puisse répliquer,et c'est particulièrement vrai des filles, la violence subie étant généralement masculine que ce soit en famille ou à l'extérieur.
On critique bcp l'éducation où les enfants ont du répondant (c'est vrai qu'il y a des excès), d'un autre côté un enfant sait mieux aujourd'hui que la violence n'est pas permise sur lui.
Karine: merci pour tes références, je pense de plus en plus à faire une page "lectures" pour les collecter.
Polluxe: j'y réfléchirai, ça peut être très sympa!
Emelire: on n'est malheureusement jamais réellement en sécurité mais on ne peut pas s'arrêter de vivre...
sur l'éducation tu as raison. je pense que répéter aux femmes qu'elles risquent toujours de se faire agresser, qu'elles ne doivent jamais sortir toutes seules est extrêmement infantilisant si on ne leur donne pas quelques clés pour savoir agir en cas de danger. certaines finissent par aimer être traitées comme de petites choses fragiles mais le confort que ça apporte est très relatif en regard de la perte d'autonomie...
je pense que pour beaucoup de femmes justement leur "moi" à défendre est totalement imbriqué dans leur famille; réduite à "elles seules" elles ne se défendent pas; au fond, le problème c'est la construction de la personnalité de beaucoup de femmes dans leur enfance; beaucoup sont éduquées comme des êtres "pour" et pas "en soi"; elles deviennent "autonomes" à travers une famille, pas pour elles-mêmes; un homme construit sa famille en prolongement de lui-même ( à part le "père Goriot") alors que beaucoup de femmes existent en prolongement de leurs familles.
Evidemment des "essentialistes" diraient que c'est la procréation par les femmes qui expliquent ceci, c'est-à-dire la fusion avec sa progéniture qui sort de son ventre;en réalité, c'est le contexte social qui pousse les femmes à mettre entre parenthèse leur moi, leur personnalité intrinsèque.
Evidemment, de plus en plus de femmes échappent à ce schéma mais il en reste des traces très fortes.
Sur le fond du sujet je pense qu'il faudrait généraliser l'enseignement des arts martiaux dans les collèges et lycées, en encourageant particulièrement les filles, notamment dans les secteurs géographiques sensibles, au besoin en faisant de la discrimination "positive" avec quota minimum de 50% de filles dans les cours et option au bac permettant de gagner des points.
André, entièrement d'accord.
pour les cours, j'ai fait un peu de self-défense au lycée et je trouve que c'était une excellente idée.