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17 octobre 2010 7 17 /10 /octobre /2010 16:21

Ce n'est pas un scoop, les métiers où l'on rencontre autant de femmes que d'hommes sont très rares. Et si vivre de sa passion est toujours difficile, ça l'est encore plus lorsque l'on est une femme et sportive. Voici deux exemples.

 

Les femmes jockeys sont très peu nombreuses, ce qui peut sembler doublement étonnant: d'une part, les femmes sont  ultra-majoritaires dans l'équitation, et d'autre part les exigences physiques du métier (petit gabarit et légèreté) me semblent - pour une fois - plus facile à remplir pour une femme. Pourtant, à l'image de la cuisine et de la couture, le haut du pavé est réservé aux hommes alors que les femmes constituent la base. Les raisons invoquées: le danger, les exigences de disponibilité, sont suffisantes pour dissuader de nombreuses pratiquantes à qui on a réussi à faire croire qu'elles étaient de petites choses fragiles qui seraient bien inspirées de consacrer du temps à leurs familles. Mais certaines ne s'en contentent pas: sur un forum de cavaliers, une jeune fille souhaite être réincarnée en cheval parce qu'"au moins pour les chevaux ya la parité".

J'ai trouvé cette interview de Nathalie Desoutter (photo) qui évoque les obstacles qu'elle a dû franchir, et notamment le "plafond de verre" des courses où l'attribution des chevaux semble fonctionner par copinage... les mécanismes d'écartement des femmes sont toujours les mêmes. Terra Fémina présente également le portrait de la jockey Delphine Santiago qui raconte son  parcours avec enthousiasme et de manière très détaillée, histoire de susciter des vocations.

 

http://www.asso-jockeys.com/sources/bibliotheque/actus/nathalie_desoutter_small(1).jpg

Source: Asso-jockey.com

 

Il n'y a eu aucune femme guide de haute montagne en France jusqu'en 1983. C'est un métier risqué, très prenant, et très physique. Les femmes guide ont dû passer, comme leurs confrères, un concours très difficile qui comporte plusieurs épreuves sportives, et où les minima sont les mêmes pour les deux sexes. Pourtant, aujourd'hui encore certains guides masculins considèrent que l'arrivée des femmes "dévalorise la profession" et les responsables d'agences se sentent encore obligés de demander aux clients "ça ne vous dérange pas si c'est une femme?" au moment de leur proposer un guide. Pour se construire une réputation en tant que guide, l'expérience prime mais celle-ci s'acquiert beaucoup par cooptation, inutile de dire qu'il n'est alors pas forcément facile pour une femme de faire ses preuves. Plus souvent que les hommes, elles sont appelées pour les groupes d'enfants ou les initiations de débutants, soit des missions moins exigeantes et donc moins valorisantes.

Martine Rolland a été la première femme à devenir guide, suivie de Sylviane Tavernier (photo) qui raconte son parcours ici. J'ai enfin été absorbée par ce long mais passionnant article de la sociologue Christine Menesson qui a enquêté sur 10 femmes-guides et a fait de très intéressantes conclusions, en particulier sur l'extrême difficulté qu'ont les femmes-guides a être soutenues par leur entourage et sur la culpabilité qu'on fait peser sur elle vis-à-vis de leur vie de famille. Un autre point qu'elle soulève m'a marquée, c'est que les clients moins attirés par le côté "exploit" mais plus par le côté "plaisir" faisaient plus facilement et a priori appel aux femmes. Et ceux-ci sont de plus en plus nombreux, n'en déplaise aux tenants de l'apinisme viril-qui-pisse-plus-loin.

 

http://fcorpet.free.fr/Denis/M/Grimpeuses/images/Sylviane-Tavernier-Abominet-ARsep87.jpgSource

 

 

 

 


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Published by Gabrielle - dans Divers
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commentaires

Petite Ailière 03/11/2010 14:53


La suite, oups ^^
ou les épaules reculées. Je ne parle même pas du horse ball, de la voltige, du polo, du TREC, de l'endurance...
L'équitation est un vrai sport, complet et varié. Je me suis peut-être un peu enflammée, mais n'importe quel cavalier te dira qu'il fait du sport. Parce que c'est vrai. Parce qu'on ne gagne pas de
muscles sans faire de sport, qu'on n'est pas perclus de courbatures sans faire de sport, que tenir sur un cheval, c'est du sport. Enfin, cavalier ou cavalière, là n'est pas la question de la
brutalité. Si j'ai vu des hommes s'énerver contre un cheval, j'ai vu encore plus de femmes faire de même. J'ai vu un poney croquer une barre et sa cavalière l'arrêter net derrière pour lui filer
trois claques sur les fesses. J'ai vu des monitrices aller sur un poney à coup de chambrière.
J'ai aussi vu des leçons de jambes s'éterniser, mais sans brutalité. Simplement, une claquette derrière la jambe à chaque fois que la ponette disait merde. Et quand elle a fini par céder, caresse
et au pas rênes longues. Il est juste question de dire "c'est moi le chef".
En fait, de se comporter comme un cheval. Et ce n'est pas une question de sexe. Les femmes cherchent autant que les hommes à dominer. L'équitation, c'est le plaisir d'être le chef.


Petite Ailière 03/11/2010 14:29


Hypathie
Es tu déjà montée à cheval ? Même pour une balade ? Car l'équitation est un sport, un vrai. Je monte depuis que je suis gamine, l'effort est peut-être moins violent qu'un squash, mais monter à
cheval, c'est du sport. Soit, on ne court pas, on ne saute pas, on ne retient pas sa respiration.
On commence par tenir le plus stable possible sur le cheval, ce qui prend des années. Pour tenir stable, il faut des abdos, des dorsaux, des muscles dans le cou, de la souplesse dans le bassin.
Pour communiquer avec le cheval, on utilise beaucoup les jambes. Il faut des adducteurs et des abducteurs, non pas pour contraindre mais pour indiquer et soutenir.
Ensuite, on passe aux étriers. Il faut des quadriceps, pour encaisser les secousses sans rebondir sur la selle et donc le dos. Il faut aussi des mollets musclés pour tenir le pied dans l'étrier,
talon bas (l'étrier se chaussant au bout du pied). Et naturellement, encore des abdos et des dorsaux pour tenir le buste.
Quand un cheval travaille bien, il vient tendre ses rênes et mettre du poids dans le mors. A ce moment là, il faut tenir les mains et donc le mors stable. Il faut des bras forts. Pour tourner, il
ne s'agit pas seulement d'écarter une rêne. Tout le corps est mobilisé : les épaules tournent pour indiquer la direction et reculent pour conserver l'équilibre, la jambe extérieure recule pour
tenir les hanches. A l'obstacle, idéalement on ne s'assoit pas dans la selle entre les obstacles. Un équilibre de plus à gérer.
A l'obstacle, tu as sûrement dû voir la technique. Au dessus de la selle (force dans les jambes), le buste un peu en avant et les épaules reculées (souplesse dans le dos !), les mais devant et les
rênes tendues (force dans les bras !) et en suivant le mouvement (vitesse, équilibre, coordination). En cross, il faut faire aussi avec le terrain : montées, descentes, gués... (équilibre encore,
endurance).
En dressage, il s'agit d'être le plus fixe possible : une main qui bat la mesure ? Un cheval qui ne se place pas. Une épaule en avant ? Un cheval en perte d'équilibre. Une jambe pas fixe ? Un
cheval déconcentré et/ou des aides imprécises. Un bassin raide et donc sans liant ? Impossible de garder la main ou la jambre fixe


Hypathie 28/10/2010 17:15


Tout à fait d'accord avec ton dernier paragraphe : c'est les secteurs lucratifs et valorisés qu'on trouve le plus d'hommes partout. Je ne suis pas cavalière, ni sportive, d'ailleurs. Je n'y connais
pas grand chose ; seulement, je m'intéresse aux animaux et, pardon, mais je pense que le dressage est plus proche d'une violence faite aux animaux que d'une osmose. Et justement, les femmes sont
moins dans la compétition avec l'animal et plus dans l'empathie, d'où des rapports moins brutaux avec eux ; du coup elles obtiennent plus avec moins de contraintes et... de coups de cravaches !
C'est juste ce que je voulais dire.


Hypathie 27/10/2010 17:26


Les femmes réussissent mieux en équitation parce qu'elles ne cherchent pas à dominer le cheval, une bête qui pèse plusieurs centaines de kilos et qui a conscience du dysmorphisme entre lui et le-la
cavalier-e. Elles obtiennent la collaboration de l'animal car elles sont en empathie avec lui et il le sait; de plus, les chevaux sont des animaux sensuels et très sensibles ; l'univers des courses
étant ultra-compétitif, donc brutal et masculin, les femmes ne sont sans doute pas attirées. Dommage pour ce "sport"* (et les chevaux qui y gagneraient), les femmes comme partout pourraient y
obtenir de meilleurs résultats que les hommes. *Sport : quand je verrai le jockey courir avec le cheval sur le dos ou à côté de lui, j'appellerai cela un sport ! :-))


Gabrielle 27/10/2010 20:12



bonjour Hypathie,


je suis prête à croire ce que tu dis, mais même si les compétitions d'équitation sont mixtes, même en dressage l'élite est constituée d'une majorité d'hommes alors que cette discipline est sans
doute celle qui réclame la plus grande osmose humain-animal. j'imagine alors que c'est la perspective de la compétition qui fait s'écarter les femmes de ces circuits. mais c'est intéressant ce
que tu dis (tu est cavalière?) je vais me renseigner sur les stats.


enfin, on sait tous et toutes bien que c'est toujours les secteurs lucratifs et valorisés qu'on trouve le plus d'hommes.


 



Gabrielle 19/10/2010 09:17


en fait, j'ai lu dans le texte de Christine Menesson que la stratégie des femmes pour le probatoire est: éviter la note éliminatoire aux épreuves physiques et ensuite rattraper la moyenne en
compensant sur les épreuves techniques.
donc a priori on peut penser qu'une femme qui obtient les minima physiques a une condition physique "meilleure" rapportée aux performances moyennes féminines et a dû bcp bosser la technique.

quand aux jockeys, j'avais vu une effrayante statistique qui démontrait la corrélation étroite entre le dévalorisation sociale et financière d'un métier et sa féminisation, les métiers les plus
lucratifs et "bien-vus" étant les moins féminisés.


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Qui suis-je?

Je suis une sportive amateure un peu touche-à-tout et très accro... Quand je ne suis pas en short, je suis une fervente spectatrice. Mais le sport féminin c'est pas facile à suivre dans les médias: pour une femme, mieux vaut être mignonne que championne. Dans ces conditions, difficile de motiver les copines pour un footing....