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17 septembre 2010 5 17 /09 /septembre /2010 20:40

Mercredi j'étais à "Confluences" dans le 20e arrondissement, pour assister au spectacle Corps de Femmes 2 - Le Ballon Ovale, de Judith Depaule. La metteure en scène a arpenté les bords de terrains pendant 6 mois pour filmer 15 joueuses des clubs de Bobigny et Soisy; les films défilent sur des écrans pendant que la comédienne donne vie aux sportives en reproduisant paroles et postures. Ce sont ainsi Meryl, Aïda, Fanny, et les autres qui parlent de leur pratique. (On peut lire des présentations plus poussées de l'oeuvre ici, puis encore ici, et puis là.)

 La représentation était suivie d'un débat très convivial avec la metteure en scène et Hélène Joncheray, (sociologue). Stéphanie Loyer, qui figure dans les films, et l'entraîneur Marc-Henri Kluger étaient également présents : en plus d'être ravie de voir de près une des joueuses du XV de France, j'ai énormément apprécié leurs interventions toujours hyper pertinentes.

Ce spectacle ne traite pas simplement de filles en short et crampons, et l'on n'a pas parlé que de rugby. Il y a eu beaucoup à dire - ce qui donne beaucoup à réfléchir. Compte-rendu forcément incomplet.

 

Les joueuses viennent de milieux très différents et ont des âges très variés, mais j'ai distingué deux catégorie: celles qui baignent depuis toutes petites dans la culture rugby, et puis celles qui, ados ou déjà adultes, se sont trouvées par hasard sur le bord d'un terrain, et n'ont plus arrêté. Pour toutes, c'est une évidence: on se consacre au rugby de tout son être... au reste de leur vie de se construire autour. Un mode de vie qu'on accepte de la part d'un homme, moins pour une femme.

 

Le club de Bobigny joue en Elite et comporte des internationales, il est donc frappant de voir que beaucoup de ses joueuses ont commencé très tard. Une contrainte à prendre en compte par les entraîneurs! Marc-Henri Kluger  et Stéphanie Loyer nous ont expliqué les spécificités qu'il y a à entraîner les filles. Spécificités qui seraient en partie dûes à ces débuts tardifs: ce besoin constant d'explications, on ne le retrouve pas chez les filles qui ont commencé très jeunes...

 

On a également abordé la mixité et le regard des autres. Judith Depaule a souligné que si dans l'équipe exclusivement féminine le genre était aboli, il revient avec force dans un cadre mixte. En effet, les joueuses qui débutent tôt jouent avec les garçons. La petite Domitille filmée au début du spectacle trouve "normal" de jouer avec les garçons mais reconnaît que parfois ils "se moquent". D'autres joueuses se rappellent des réactions variée des garçons de "je la touche pas c'est une fille" à "elle n'a rien à faire là' en passant - heureusement - par l'indifférence.

 

Certains dans l'assemblée se sont étonnés du fait que les filles ne parlent que de "combat", d'"affrontement', sans évoquer la tactique ou la technique. Les joueuses universitaires (quel est votre club? on doit bien se marrer) au fond de la salle ont très justement souligné que l'on sait très bien que les femmes peuvent courir avec un ballon, moins qu'elles peuvent aller au contact, c'est pourquoi elles mettent l'accent dessus. Et au début du spectacle, on a entendu: "On est des femmes, mais on est pas des "chochottes".

 

Toute un pan de l'oeuvre est d'ailleurs consacrée à cette question: est-ce violent? Pour certaines, oui, pour d'autres c'est exagéré. Mais pour toutes, l'extrême engagement ne se conçoit qu'avec le respect de l'adversaire et des règles, et n'a qu'un but, bien jouer. On a ensuite assez longuement débattu de cette "violence" du rugby. Etait-ce le bon terme, de quelle manière l'aborder, n'était-ce pas péjoratif? Je trouve que le dernier mot a été prononcé pendant le spectacle même: "On se rend pas compte de la violence d'autres sports comme la danse ou la gym".

 

J'ai enfin eu le sentiment que les joueuses étaient tout à fait fières de leur corps, même "couverts de bleus et d'égratignures". Dans la litanie d'adjectifs qui clôt le spectacle, on entend "décomplexant". Fière de ce qu'on accomplit, on devient fière de soi et de son corps, on trouve sa place. Pour elles, elle est sur un terrain de rugby.

 

http://www.mabeloctobre.net/IMG/jpg/minivisuelCDF2-2.jpg

 

 

"Corps de femmes" sera une quadrilogie. Après ce deuxième volet consacré au rugby, Judith Depaule s'intéressera à l'haltérophilie en Turquie. Un n°3 dont je vous invite à suivre la sortie de très près!

 

 

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commentaires

karine 18/09/2010 12:01


Super article comme d'habitude ! quelle chance tu as de pouvoir assister à tous ces évènements parisiens. Ici ( oise ) c'est assez pauvre sur ces thèmes Filles et sport, Genres et sport, etc...bon
il y a eu quelques progrès mais je crois qu'on a vraiment beaucoup de wagons de retard...Et même au niveau des connaissances, en EPS on commence à peine à en parler : frustrant et rageant,
j'aimerais aller plus loin et je ne vis pas à Paris, ce qui fait que j'ai parfois l'impression d'être trop en avance et quel ennui ! Mais heureusement ton blog est là !

A bientôt !


Gabrielle 18/09/2010 14:46



Merci Karine...


Je ne pense pas que les gens ont des mentalités plus modernes à Paris... D'accord, les évènements s'y déroulent, mais seuls les convaincus y vont ;) et je croise pas mal de vieux (ou jeunes)
dinosaures en la matière!



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Qui suis-je?

Je suis une sportive amateure un peu touche-à-tout et très accro... Quand je ne suis pas en short, je suis une fervente spectatrice. Mais le sport féminin c'est pas facile à suivre dans les médias: pour une femme, mieux vaut être mignonne que championne. Dans ces conditions, difficile de motiver les copines pour un footing....