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11 septembre 2009 5 11 /09 /septembre /2009 23:32

Quelques semaines après la polémique sur son sexe provoquée par sa large victoire aux 800m féminin, Caster Semanya a posé dans un magazine Sud-Africain, maquillée, coiffée, ultra-féminine. Je me fiche de connaître son sexe, mais je crois savoir ce qui motive sa démarche (ou celles de son attaché de presse). Si elle avait couru à Berlin avec une coiffure sexy et du vernis à ongles, on l’aurait peut-être « seulement » soupçonnée de dopage et pas d’être un homme.

 

Ce qu'elle essaye de faire est pour moi typique de l'image qu'on veut donner du sport féminin. L’entraînement modifie la silhouette, la compétition fait appel à des traits de caractère que l’on juge peu féminin...et les sportives ont à coeur de montrer qu’elles sont de « vraies  femmes », ce que relayent volontiers les médias. Revendication ou peur de s’affranchir des normes?

 

Il y a quelques mois, la Fédération Française de Football à fait poser nues les joueuses de l’Equipe de France. Tous ont ainsi pu vérifier qu’elles étaient de « vraies femmes » (comprendre mignonnes et pas trop baraquées…) mais très peu se sont intéressés à leurs performances, les journalistes voulant surtout savoir si les maillots allaient devenir plus moulants.

 

Peut-être vous rappelez-vous aussi de cette affiche pour le Championnat du Monde de handball féminin de 2007. L’idée se veut sympa, je la trouve en fait terriblement réductrice. J’imagine qu’on a voulu faire passer une message du style « Nous jouons au hand, mais rassurez-vous, nous restons des femmes ! ». Les affiches de compétitions masculines, elles, respirent la performance en montrant des joueurs au regard déterminé, prêts à en découdre. Je préfère largement cette image-ci. La différence ? La seconde affiche annonce des matchs qualificatifs et donc s’adresse a priori aux fans qui connaissent déjà la discipline. La première communique en revanche sur un évènement mondial où il faut attirer le chaland néophyte : on utilise donc les vieilles ficelles habituelles.

 

Ce registre de communication a progressivement atteint le milieu amateur. C’est par exemple flagrant pour la course à pied : bien qu’elles soient encore minoritaires en compétition, de plus en plus de femmes courent. Ainsi, les marques de sport  ont lancé des collections féminines avec des chaussures, des jupettes de course…à grand renfort de couleurs layette et de pub mièvre, tandis que les rayons « Homme » regorgent de T-Shirts fluos qui respirent l’esprit de compétition. La connotation est tout à fait différente : monsieur s’entraîne pour gagner la course, madame fait du footing pour rentrer dans son maillot. Néanmoins, à mesure que l’on monte en gamme, cette disparité s’atténue et on retrouve le même design « performance ».

 

Cette déferlante de « girly » me paraît ainsi très ambiguë.

 

D’une part, cela signifie que la pratique féminine est reconnue, ce qui est positif. Il est tout à fait nécessaire de pouvoir se constituer un équipement adéquat pour améliorer son niveau. Même roses, les maillots sont très techniques, et une coupe adaptée à sa morphologie est bien plus confortable. En outre, des produits très performants comme les soutien-gorge de sport ou les chaussures adaptées aux poids légers sont apparus. Faire attention à son look de sportif n’est par ailleurs pas l’apanage des femmes, il suffit voir les coupes de cheveux des footballeurs. Ensuite, se rendre visible en tant que femme dans les compétitions est une manière de revendiquer sa place.

 

Mais l’image de la « sportive parfaite », performante et désirable, est un peu le pendant de la « femme parfaite » dont le brushing reste en place alors qu’elle gère boulot et famille d’une main de maître. C’est une contrainte de plus que l’on impose aux femmes jusque dans leurs loisirs. Et puis, ça me gêne de penser qu’un sportif n’aurait jamais besoin de détails pour prouver sa virilité, tandis que la féminité des sportives n’irait pas de soi et nécessiterait une couche de mascara.

 

En fait, je m’inquiète moins pour les grandes championnes qui doivent s’en moquer, que pour les plus jeunes à qui on fait comprendre très tôt que c’est très bien le sport, mais que le plus important c’est d’avoir les ongles bien manucurés.

 

Alors qu'il y a des choses tellement plus drôles. Une course boueuse en forêt, par exemple:

 

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commentaires

Gabrielle 05/10/2009 13:06


merci pour les liens, ces affiches sont très belles et montrent une tout autre image du rugby féminin, bien plus fidèle à ce que c'est (pour m'être déjà trouvée au bord d'un terrain).

et le blog lui-même est vraiment intéressant.


Snödroppe 03/10/2009 16:18


Bonjour à vous,la question du sport féminin est une mine d'interrogations, de questionnements, qui vont bien au-delà de la pratique! Merci à vous d'en faire écho de cette belle manière...
[Arrivée chez vous par le biais du blog d'Olympe].
Dans la lignée de ce que vous écrivez, voilà deux autres affiches, concernant le sport féminin, qui véhiculent une autre image que celle de ce mondial de hand ball, qui m'avait mise mal à l'aise.
Je les ai laissé chez madame Olympe, mais je ne sais pas si vous les avez vues...
Les voici :
http://fenetre-ovale.over-blog.com/article-19841011.html
http://fenetre-ovale.over-blog.com/article-14111434.html


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Qui suis-je?

Je suis une sportive amateure un peu touche-à-tout et très accro... Quand je ne suis pas en short, je suis une fervente spectatrice. Mais le sport féminin c'est pas facile à suivre dans les médias: pour une femme, mieux vaut être mignonne que championne. Dans ces conditions, difficile de motiver les copines pour un footing....